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HIStory Tour made in Korea

À l’heure où la célébration des 25 ans du double album HIStory est définitivement un rendez-vous manqué, penchons-nous sur un collector souvent oublié mais pourtant de taille : le seul support vidéo officiel comprenant une captation du HIStory Tour, la dernière tournée effectuée par le Roi de la Pop.

Destination la Corée du Sud. Le pays du matin calme, à l’instar d’autres pays asiatiques, a toujours perçu Michael Jackson comme une star hors norme, un artiste qui a d’ailleurs influencé de nombreux artistes dans le pays, comme Park Jin-Young, le fondateur du label JYP. Pour lui, « Michael Jackson est la définition de la musique ».

Depuis le soulèvement démocratique de juin 1987, le pays se tourne vers l’avenir. En 1988, Séoul accueille les jeux olympiques, et la liberté d’expression fraichement acquise permet à la jeunesse de découvrir et d’accéder à la culture pop occidentale. C’est dans ce contexte que, graduellement, les disques d’artistes internationaux bénéficient – enfin – de véritables pressages officiels (jusque-là, le marché regorgeait de copies pirates avec des pochettes imprimées dans des teintes monochromes). Michael Jackson ne fait pas exception à la règle, et sa popularité en Corée du Sud n’a jamais faibli. Dès le milieu des années 80, l’antenne locale de CBS publie ses albums dans les règles, souvent avec des inserts conçus uniquement pour le marché coréen.

 

L’incident des NKOTB
Au début des années 90, certains artistes américains franchissent le pas et donnent des concerts à Séoul. En février 1992, les New Kids on the Block posent leurs valises à l’Olympic Gymnastics Arena dans le cadre de la tournée The Magic Summer Tour. La salle accueille 15 000 spectateurs, 3 000 de plus que la capacité maximale autorisée. Une cinquantaine de fans sont blessés alors qu’ils se précipitent vers le devant de la scène à l’ouverture des portes. Park Chong-Yun, jeune admiratrice de 18 ans, fait une mauvaise chute et décède quelques heures plus tard après être tombée dans le coma. Cet incident ne manque pas de refroidir les producteurs locaux, au point de revoir à la baisse les projets de concerts d’artistes internationaux dans le pays.

 

Sous l’impulsion de Stevie Wonder
Suite à ce drame, de nombreux concerts envisagés à Séoul sont finalement écartés. Les promoteurs restent prudents et misent sur des concerts viables aussi bien économiquement que sur le plan de la sécurité. En 1993, Tae-Won Jung, le président de Taewon Entertainment prévoit d’organiser un concert de Michael Jackson dans le cadre de la seconde partie du Dangerous Tour. Malheureusement, les négociations n’aboutissent pas, le spectre de l’incident du concert des NKOTB planant de façon encore trop pesante.

Les choses changent avec la venue de Stevie Wonder à l’Olympic Stadium de Séoul les 15 et 16 septembre 1995. Le succès incontesté de ce concert (qui se déroule dans de bonnes conditions) est l’élément déclencheur qui incite les promoteurs à organiser de façon plus régulière des concerts pour de grandes stars internationales. C’est ainsi que les dates de Séoul prévues les 11 et 13 octobre 1996 s’ajoutent naturellement au calendrier du HIStory Tour.

Lorsque les concerts coréens sont annoncés, certaines associations s’opposent à la venue du Roi de la Pop, principalement à cause de la controverse liée à la famille Chandler (et de leur tentative d’extorsion savamment programmée). Tae-Won Jung et Taewon Entertainment s’emparent du dossier et sollicitent le soutien du futur président Kim Dae-Jung. Les tentatives d’empêcher le concert échouent, et le projet du HIStory Tour à Séoul peut enfin voir le jour.

Des manifestants protestent contre la venue de Michael Jackson en Corée du Sud (Séoul, 1996).

 

Séoul 1996
L’annonce de la venue de Michael Jackson à l’Olympic Stadium de Séoul crée bien entendu l’événement. Pour la première fois de sa carrière, le Roi de la Pop va se produire dans le pays. Le prix du billet est fixé à 120 000 Won (l’équivalent de 120 euros, sachant que le salaire moyen d’un étudiant travaillant à mi-temps à l’époque avoisine les 200 euros…).

Lors du premier concert, un fan réussit à se frayer un chemin sur scène et monte sur la grue sur laquelle Michael Jackson évolue pendant le numéro de Earth Song. Largement diffusée depuis de nombreuses années sur les réseaux sociaux, cette séquence reste un des temps forts, un de ces moments aussi imprévisibles que surprenants du HIStory Tour.

Lorsqu’il n’est pas sur scène, Michael Jackson profite de son séjour. Il privatise le parc d’attractions Lotte World pendant une heure. Il se rend également à Everland, avec une surprise pour les fans : ceux qui se présentent à l’entrée du parc avec un ticket de concert peuvent entrer gratuitement pendant la visite du Roi de la Pop.

 

La VHS
Les producteurs de la tournée (Marcel Avram et sa société de production, MAMA Concerts), n’hésitent pas à négocier des droits de diffusion télé avec certaines chaînes à travers le monde. C’est ainsi que de nombreux concerts comme ceux de Sydney en Australie, Auckland en Nouvelle Zélande, et bien entendu Munich en Allemagne (liste non exhaustive !) ont été programmés sur de grandes chaînes (notamment sur TV 1000 en Europe du Nord).

Mais le marché coréen réagit différemment. La chaînes coréennes hésitent encore à s’engager dans des négociations pour acquérir les droits de diffusion des concerts internationaux. Sony Music prend le relais et propose de commercialiser une VHS de la captation du concert du 11 octobre 1996. Approuvé par Michael Jackson, le projet est mis sur les rails. Sony Music Korea collabore avec Saerom Entertainment, jeune société leader sur le marché de la VHS.

La cassette vidéo du HIStory Tour sort le 5 novembre 1997. Pratiquement au même moment, les fans européens et japonais découvrent le coffret GHOSTS dans les bacs. La VHS coréenne du HIStory Tour reste un collector de choix. Il s’agit de l’unique support officiel de cette tournée. Le montage proposé est marqué de quelques coupures et transitions afin de faire tenir le concert sur une bande standard de 2 heures (les fameuses contraintes techniques de l’époque !). La piste audio est encodée en Hi-Fi Stéréo, détail intéressant mais qui peut paraître anecdotique compte tenu du fait que la majorité du concert est en playback.

Pour éviter des copies illégales, Sony Music et Saerom Entertainment décident de doter la cassette du système anti-piratage Macrovision. Créé aux USA et inauguré en 1984 pour la sortie vidéo du film Cotton Club, ce procédé fut pendant quelques années la bête noire des fans et pirates qui souhaitaient réaliser des copies de leurs cassettes préférées. Mais chaque système comporte une faille : très vite, la conception de boitiers permettant de casser le code Macrovision a permis de copier ces fameux trésors, même si la qualité n’a pas toujours été au rendez-vous. La VHS coréenne du HIStory Tour ne déroge pas à la règle : parmi tous les nombreux rips qui circulent, aucun ne rend justice à la qualité originale de la vidéo.

 

ÉPILOGUE
En 1996, Michael Jackson réunit plus de 90 000 fans lors de ses deux concerts coréens. Il revient sur la scène de l’Olympic Stadium de Séoul 3 ans plus tard dans le cadre du concert caritatif MJ & Friends. Cette fois-ci, la chaîne SBS décroche les droits de retransmission en direct. Le point culminant de la soirée est bien entendu la performance de Michael Jackson, suivi de son discours où il exprime son souhait de voir le Nord et le Sud de la Corée se réunir un jour. C’est d’ailleurs le symbole de cette réunification qui est mise en scène dans la performance de « Earth Song » avec la séquence intitulée « Bridge of No Return ». C’était le 25 juin 1999, 10 ans exactement avant la mort brutale du Roi de la Pop. Long live the King.

Richard Lecocq

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