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INTERVIEW : Kevin Stea, quand la danse a du sens

Danseur, réalisateur, mannequin : Kevin Stea a participé à des projets qui font partie du patrimoine de la culture populaire. Il a travaillé avec les plus grands artistes, de Prince à Madonna, en passant par George Michael et Britney Spears ou encore Beyoncé. En 1991, il rejoint les danseurs retenus pour le tournage du short film Black or White de Michael Jackson. Souvenez,-vous, c’était il y a près de 30 ans… 

Comment as-tu été amené à travailler sur le short film « Black or White » ?
J’avais travaillé avec Vincent Paterson sur le Blond Ambition Tour de Madonna. Et peu de temps après ce projet, il m’a contacté pour travailler avec Michael. Je n’étais pas un grand fan de la culture Pop car j’ai grandi à Singapour, et je ne captais pas MTV. Du coup, à l’époque, je n’étais pas si impressionné que ça. Par la suite, je me suis rendu compte qu’il s’agissait de Michael Jackson et là pour le coup j’étais très impressionné (rires).

Quelle musique écoutais-tu quand tu étais plus jeune ?
J’ai grandi en écoutant de la musique à la radio comme les Beatles, puis j’ai écouté Prince quand j’avais 11 ans. J’aimais des disques comme « 1999 ». J’écoutais des choses assez sombres également, j’aimais découvrir de nouveaux styles de musique. Mais pour tout te dire, quand j’ai découvert Prince et Michael, ça m’a permis de m’ouvrir encore plus à d’autres musiques.

Parle-nous un peu du short film « Black or White »…
J’étais l’assistant de Vincent sur ce projet et je faisais partie des danseurs que l’on voit dans la vidéo. Vincent est venu vers moi pour m’expliquer l’idée et le concept de ce short film. Le but était de montrer toutes les cultures et les nationalités danser autour de Michael. Nous avons donc travaillé sur ces différentes danses. De façon générale, je sais m’adapter à différents styles de musique et de danse. Je ne me limite pas à un seul genre. Nous avons passé beaucoup de temps à regarder des films pour lister et sélectionner des références. Nous avons choisi des danseurs de différentes ethnies. Toutes ces danses racontent une histoire au final.

Est-ce que vous avez répété pendant longtemps pour mettre au point toutes ces danses ? Était-ce difficile pour toi ou Michael ?
Pour moi non, car j’arrive à reproduire ce que je viens de voir. La difficulté ici c’est de faire en sorte que le pas de danse s’intègre à votre façon de bouger. On a tourné la vidéo deux fois. La séquence a été filmée sur un fond vert. Puis il y a eu cette idée de fond gris assez old school façon Irving Penn.  Nous nous connaissions tous et c’était tout simplement incroyable et excitant de travailler avec Michael. Nous savions alors que nous faisons quelque chose d’extraordinaire et qui resterait dans le temps… Oui, nous nous en rendions compte. Nous sentions que nous étions en train de créer quelque chose d’inédit, c’était palpable.

 

Il y a cette scène ou Michael tombe du plafond et rejoint les danseurs…
C’était marrant à faire, et pas si difficile que ça… Michael arrivait toujours à trouver quelque chose de marrant dans chaque situation. Il avait ce côté homme-enfant qui fait qu’il pouvait s’amuser et créer en même temps, c’est phénoménal. Entre les prises il jouait aux jeux-vidéo. Il arrivait à rester simple et naturel, et c’est incroyable de pouvoir observer cela comme j’ai pu le faire.  Je lui enseignais les pas, il m’observait, et il arrivait à les recréer de suite, sans réfléchir.

Tu as aussi travaillé sur la performance de « Will You Be There » créée pour le MTV 10…
C’est mon numéro préféré, car il avait tellement de sens… Il y avait beaucoup de gens sur scène en plus de Michael, et c’était une chanson si incroyable. Je pense que ce numéro m’a permis de comprendre la signification du langage corporel. Vincent a réussi à faire passer ce message de paix et d’amour grâce à cette danse. C’est toujours un moment à part quand Michael est accompagné par un groupe de personnes derrière lui. Tiens, tu sais, aux Grammy Awards sur « Man in the Mirror », je ne sais pas si tu es au courant mais quand Michael s’est avancé sur scène pour finir la chanson, Vincent a ordonné à la chorale de ne pas aller vers lui afin de le laisser seul sur le devant de la scène. Pour en revenir au MTV 10, c’était en fait encore plus impressionnant d’assister à ce numéro sur scène. Le montage final ne rend pas totalement compte de la magie d’être là, sur place. Cela faisait toute la différence. Ce n’était pas une performance comme les autres.

En 1997, tu retrouves Michael Jackson et Vincent Paterson pour le projet « Blood on the Dance Floor »…
Oui c’est vrai. Au fait j’en profite avant tout pour dire que j’aurais aimé que le premier concept de « JAM » voie le jour… Avec Michael, le truc c’est de toujours apporter quelque chose de nouveau tout en gardant un thème, un fil rouge dans sa carrière. En fait, je comparais mon travail sur « Black or White » et « Blood on the Dance Floor », et je me rendais compte que Michael était moins heureux qu’avant. J’avais l’impression qu’il avait perdu l’insouciance et sa joie de vivre. Il était plus sérieux. Sur « Black or White », il était plus ouvert. SLASH était là pour le MTV 10, c’était une ambiance plus joyeuse. Il faisait des blagues, on rigolait pas mal pendant les tournages. Je ne sais pas pour quelle raison il était devenu comme ça. Mais clairement quelque chose de triste se dégageait de lui, et je ne sais pas pour quelle raison. Pendant le tournage, on discutait du fait d’avoir des enfants et de tout ce que cela représentait pour chacun d’entre nous. Je ne savais pas alors qu’il était sur le point d’être père lui-même. Il était évident que la paternité était un sujet très important pour lui.

Tu parles de tout ça comme s’il y avait eu un grand changement dans sa vie…
Quand je l’ai rencontré, il était ouvert, il posait des questions il aimait les gens. Il était curieux et allait vers eux. Après les accusations et les épreuves qu’il a du affronter, il était beaucoup plus en retrait.

Comment compares-tu « Blood on the Dance Floor » aux autres short films? En quoi est-il différent ?
Il a été réalisé à une époque différente de sa vie. Cette vidéo est assez surréaliste, il y a cette histoire  folle dans ce club à l’ambiance si particulière. Vincent pousse toujours Michael dans une autre direction, il ne se limite pas à lui proposer de nouveaux pas.

Quelle version préfères-tu ?
Je préfère celle qui est sortie au final. L’idée de la vidéo alternative était intéressante, mais à mon sens ce n’était pas assez abouti. Ça aurait du être encore plus sombre.

Propos recueillis par Richard Lecocq

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