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Le King of Pop par The Pope of Pop

Le 19 mars 1984, Michael Jackson fait la Une du Time Magazine, l’un des principaux magazines d’information publié aux USA.

En pleine Thriller mania, l’hebdomadaire se tourne vers Andy Wahrol pour réaliser un portrait du chanteur. Les deux artistes se sont déjà rencontrés à plusieurs reprises à la fin des années 70, notamment au célèbre Studio 54 de New York, la boîte de nuit la plus en vogue à l’époque, et Wahrol avait déjà utilisé une photo de Jackson pour la une de son magazine Interview en 1982. Michael Jackson accepte donc immédiatement la proposition du Time.

Michael Jackson & Andy Warhol au Studio 54, 1977.

Le chanteur est alors à l’apogée de sa carrière. Son album Thriller, sorti un an et demi plus tôt, domine les charts et rencontre un succès inégalable partout dans le monde. L’article de huit pages, intitulé Michael Jackson, Why He’s a Thriller, tente d’expliquer ce succès et dévoile les dessous de la vie et de la carrière de la star.

Qui de mieux pour réaliser le portrait du phénomène Jackson qu’Andy Warhol ? Surnommé The Pope of Pop (le Pape de la Pop), Andy Warhol (1928 – 1987) a commencé sa carrière en tant que graphiste dans le design de communication. Dans les années 60, alors que le monde découvre la société de consommation des Trente Glorieuses, il fait du Pop Art sa marque de fabrique et commence à réaliser des portraits de stars grâce à la technique de la sérigraphie.

Le Pop Art, pour Popular Art, est né dans les années 50 en Grande Bretagne et s’est développé au cours de la décennie suivante aux Etats-Unis. Le mouvement artistique s’imprègne directement de la culture du divertissement, des médias et de la consommation. Il s’approprie les objets de la vie courante pour en faire des œuvres d’art.

La sérigraphie, quant à elle, trouve ses origines dans la Chine Antique avant de faire son entrée en Europe au 17ème siècle puis aux Etats-Unis au début du 20ème siècle, suite à une forte émigration chinoise dans le pays. Propulsée dans les années 60, la technique, identique à celle du pochoir, consiste à faire passer une encre au travers d’un écran. L’encre se dépose ainsi sur le support en reproduisant les formes ouvertes de l’écran. Le principe d’unicité d’une œuvre est de ce fait complètement oublié pour produire en plusieurs exemplaires. C’est ainsi le cas des portraits en série comme ceux de Marilyne Monroe, que Wahrol réalise en 1962, ceux d’Elizabeth Taylor, en 1963 ou encore son Self Portrait en 1966.

Le portrait de Michael Jackson, qui porte sa célèbre veste rouge Thriller, pour le Time Magazine, en 1984 – dont la fonction première sera donc commerciale – , intègre donc tous les codes du Pop Art, cher à Wahrol : fait à partir d’une photo – prise sur le tournage de short film, par Douglas Kirkland, en 1983 – , haut en couleurs, loin de l’aspect artisanal d’un portrait habituel, et surtout fait en plusieurs exemplaires, même s’il s’agit d’un des portrait réalisés par l’artiste où il y a le moins d’exemplaires.

Le numéro du Time est un succès. Prévisible et calculé. Il intervient, en effet au moment où la musique pop est à son apogée. Le choix de la photo n’est pas anodin : le vidéo-clip est entré dans la vie des américains en grand pompe, grâce à Michael Jackson, en même temps qu’une reprise économique de la société américaine, avec la fin de la guerre froide. Michael Jackson est – déjà – un produit de consommation.

Michael Jackson & Andy Warhol dans les coulisses du Triumph Tour, 1981.

Le nom de Michael Jackson apparaît à plusieurs reprises dans le Journal de Wahrol (The Andy Wahrol Diaries, 1989). Il y évoque ses multiples rencontres avec le chanteur ainsi que son travail sur ces portraits.

« 7 mars 1984 : J’ai terminé la couverture Michael Jackson. Je ne l’aime pas mais les gens du bureau, si. Les types du Time sont venus la voir, ils étaient une quarantaine. Ils étaient là, autour, à dire que cela allait augmenter les ventes. Un peu plus tard, un gars du Time m’a appelé, il m’a dit qu’ils allaient l’utiliser. La jaune je crois. Je lui ai dit de croiser les doigts pour que ce ne soit pas retardé.

12 mars 1984 [il s’agit en fait du 19 mars]: Le numéro du Time est sorti, avec la couverture de Jackson. Et l’article à l’intérieur était fou. […] La couverture aurait dû avoir plus de bleu. Je leur en ai fourni une dans le style de la couverture de Jane Fonda que j’ai faite pour Time une fois [en 1970], mais ils voulaient ce style. »

Andy Wahrol a été le premier artiste à saisir l’image de Michael Jackson et le voir comme un sujet pictural. Une icône de la musique immortalisée sur la toile.

 

Difficile de savoir combien il y a eu de portraits du chanteur mais si certains d’entres eux sont aujourd’hui conservés au Andy Wahrol Museum de Pittsburgh (Pennsylvanie), d’autres ont été vendus aux enchères, après sa disparition, en 2009. Et certains faisaient partie de l’exposition hommage au Roi de la Pop qui est notamment passée par le Grand Palais, à Paris, en 2018.

 

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