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Interview : Marcos Cabotá révèle les secrets de « Sonic Fantasy »

Dans 2 ans, « Thriller » fête son 40ème anniversaire. Une célébration sous fond de force tranquille car, à date, cet album reste le plus vendu de tous les temps. Ce mythe inépuisable a inspiré le réalisateur espagnol Marcos Cabotá. Grand admirateur du Roi de la Pop, il a décidé de se lancer dans un projet ambitieux : raconter l’histoire de « Thriller » sous la forme d’un documentaire qui donne la parole à celles et ceux qui étaient aux côtés de Michael Jackson en studio en 1982. Dans un climat printanier si singulier et marqué par le COVID-19, le réalisateur a pris le temps de nous dévoiler quelques secrets de ce projet très attendu.

MJStreet : Comment est né le projet ?

Marcos Cabotá : Avant toute chose, j’aime Michael Jackson et je suis également réalisateur, ici en Espagne. Le dernier documentaire que j’ai réalisé, il y a 3-4 ans maintenant, s’apelle « I Am Your Father », et ça parle de Dark Vador. Il a connu un grand succès et a été vendu à travers le monde.  Netflix en a d’ailleurs acheté les droits. J’ai également été nominé aux Oscars pour ce documentaire, c’était tout simplement incroyable. Et depuis cette époque, beaucoup de mes amis me disaient sans cesse : « Tu dois maintenant faire un documentaire sur Michael Jackson ». Car ils savent que dans ma vie, j’ai deux passions : Star Wars et Michael Jackson. Je ne savais pas par où commencer car Michael Jackson est un sujet tellement vaste que j’étais un peu déconcerté.  Je devais donc prendre mon temps et réfléchir. Si je devais réaliser un documentaire sur Michael Jackson, je ne voulais pas faire un film uniquement pour les fans. Je voulais faire un documentaire qui s’adresse à tout le monde. L’impact de Michael est planétaire et il fallait trouver le meilleur angle. Et puis j’ai pensé à « Thriller ». C’est l’album le plus vendu de toute l’histoire, et là il n’y en a qu’un dans le monde à un tel niveau. Je me suis rendu compte qu’il n’existait rien sur « Thriller ». L’Estate n’a rien fait.  Je trouve ça incroyable qu’il n’y ait aucun documentaire consacré à l’album le plus vendu de tous les temps. Il y a eu des livres, mais aucun film consacré à « Thriller ».
J’ai donc commencé à consulter ces livres. D’ailleurs « Thriller » n’est pas mon album préféré. J’ai donc voulu essayer de mieux comprendre l’histoire de ce disque, de mieux comprendre son impact. Et je me suis rendu compte que, là, il y avait une vraie histoire à raconter. Puis, mes amis Toni et Laura (de MJ’s Hide Out) ont joué un grand rôle dans cette histoire. En tant que réalisateur je sais que je dois avoir le soutien de personnes comme Toni et Laura. Toni est comme une encyclopédie vivante de Michael Jackson, et Laura est inégalable dès qu’il s’agit d’organiser un projet. Donc, avec ces deux personnes à mes côtés, les choses étaient déjà un peu plus simples.  Plus tard, avec Toni et Laura, nous nous sommes rendus en France pour assister à un des MJ Music Day, qui proposait un séminaire intéressant animé par Michael Prince et Brad Buxer. Nous étions là-bas en tant que fans pour assister à cet événement. Et à un moment, ils ont diffusé la bande-annonce d’un documentaire consacré à la carrière de Bruce Swedien, de ses débuts à Chicago jusqu’à l’album « Invincible ».
J’ai contacté le réalisateur de ce film, Gareth Maynard, qui est anglais et qui avait mis en boîte ce film plusieurs années auparavant. J’étais en train de regarder ce documentaire et je me suis dit : « C’est bien, ce n’est pas parfait mais c’est pas mal ». Je regardais ça avec mon œil de professionnel, en tant que réalisateur. Et je trouvais dommage que ce film n’ait pas pu être diffusé et vu comme il se doit à travers le monde. À la fin de la projection, je suis allé voir Gareth pour lui dire : « Tu as là un très beau film ». Et j’ai ajouté : « Que comptes-tu faire avec ? » Et il m’a répondu : « Rien. Ça fait sept ans que je l’ai réalisé. Je n’ai pas réussi à le vendre, donc, en l’état, je ne peux rien faire de plus ».
Je suis rentré chez moi et, une semaine plus tard, j’ai rappelé Gareth pour lui dire : « Je me lance dans un documentaire consacré à « Thriller » et j’aimerais beaucoup que Bruce Swedien en fasse partie. Ça me permettrait de parler de cet album à partir du point de vue de Bruce. Est-ce que tu serais d’accord pour me mettre en relation avec lui pour que je puisse l’interviewer, chez lui à Orlando ? Je partirais là-bas pour refilmer son interview et lui poser de nouvelles questions. Mais j’ai besoin de ta base de travail et de ton accord ».
On a discuté de tout cela ensemble et il m’a dit « OK ». Il avait pris le temps de voir mes autres films et il a aimé ma façon de travailler. Il était d’accord avec ma proposition c’est comme ça qu’il est devenu producteur de « Sonic Fantasy ».
J’ai donc pu revoir le film de Gareth et les images qu’il avait tournées. Il y a d’ailleurs quelques éléments que j’utilise dans mon film, mais 95% du documentaire est composé d’images nouvelles.
J’ai du refilmer les interviews, notamment pour des raisons de standard de diffusion. Lorsque tu diffuses à la télévision ou sur Netflix, tu dois répondre à certaines normes techniques. Et pour son documentaire, Gareth avait utilisé sa propre caméra, mais elle ne répondait pas à ces standards de diffusion. J’ai donc tout refilmé avec des moyens cinéma, en 4K.

L’équipe de Sonic Fantasy avec Jerry Hey. Photo : Toni Arias

MJStreet : Comment as-tu sélectionné les personnes à interviewer pour ce documentaire ? Est-ce que tu es parti d’une liste déjà prête ou est-ce que tu as sollicité certaines personnes au fur et à mesure que tu filmais ?

Marcos Cabotá : J’ai dressé une liste pour commencer. Je suis également parti de livres comme celui que tu as écrit avec Francois (Allard),  cela m’a été très utile. Mais je voulais aussi interroger des gens qui avaient travaillé avec Bruce Swedien et Michael, même s’ils ne faisaient pas partie du projet « Thriller », comme Brad Buxer. Je voulais qu’ils me parlent de la relation entre Michael et Bruce Swedien. Et aussi, lorsque j’étais chez Bruce pour filmer son interview, il me disait : « Oh, tu devrais également interroger cette personne ! » Et c’est comme ça que j’ai ajouté d’autres noms sur la liste !
Normalement, pour un documentaire de 2 heures, tu sélectionnes 15 personnes à interviewer. Et pour celui-ci nous en avons retenu 30. J’aurais pu aller encore plus loin, mais en fait nous ne disposons que de 2 heures pour ce documentaire. Nous avons donc du faire des choix.

 

MJStreet : Pendant la réalisation de ce documentaire est-ce que certaines idées que tu pensais être acquises se sont révélées être différentes dans la réalité ? Est-ce que tu as changé d’avis sur certains aspects de « Thriller », en découvrant des nouvelles choses ? 

Marcos Cabotá : Tout à fait ! En fait, j’aime beaucoup « Thriller », mais après avoir fait ce film, je l’aime encore plus. Je comprends pourquoi c’est devenu l’album le plus vendu de toute l’histoire. Ce n’est pas qu’une question de chansons et de musiques, c’est aussi une question de contexte, de l’époque à laquelle tout cela s’est produit. Ça dépend de beaucoup de choses liées à l’industrie du disque, mais aussi à la société de manière générale. C’est tous ces facteurs qui expliquent aussi le succès de « Thriller ». J’ai en effet découvert des choses que j’ignorais sur l’album et, bien entendu, je les ai intégrées dans le film.

 

MJStreet : Tu m’as dit que « Thriller » n’est pas ton album préféré… Alors quel est ton album préféré de Michael Jackson ?

Marcos Cabotá : « Dangerous » ! J’aime tout de cet album. J’aime la façon dont Michael Jackson, avec Teddy Riley et d’autres producteurs comme Bill Bottrell et Brad Buxer, ont travaillé sur ce disque.  J’aime le son novateur de « Dangerous » grâce à des chansons comme « Jam », « Why You Wanna Trip On Me » ou encore « In The Closet ». Pour moi, « Who Is It » est un chef-d’œuvre. J’aime beaucoup « Thriller », et maintenant que je travaille sur ce documentaire depuis près de deux ans, c’est un album que j’aime encore plus. Il est magique. Il y a cette équipe incroyable formée par Quincy Jones, Michael Jackson et Bruce Swedien, sans oublier Rod Temperton. C’est quelque chose qui ne pourra pas se reproduire… Ce nouveau documentaire s’adresse à tout le monde. On connaît tous « Thriller » et « Billie Jean ». Et mon objectif, c’est qu’une fois que les gens auront vu ce film, ils écouteront l’album de façon totalement différente.

Tournage au Westlake Studio D. Photo : Toni Arias

MJStreet : J’ai vu sur le site du documentaire que le film contient une interview de Quincy Jones. Ce fut facile pour toi de le contacter ? Car des fois il demande à ne pas être interrogé sur cette époque. Est-ce que l’implication de Bruce Swedien dans le projet a joué en ta faveur ? 

Marcos Cabotá : Oui, en fait toutes les personnes que l’on voit dans le documentaire ont accepté de participer au projet car Bruce Swedien était le point de départ de l’aventure. Car, en plus de raconter l’histoire de « Thriller, nous retraçons aussi d’une certaine façon, le parcours de Bruce Swedien. C’est pour cela que toutes ces personnes ont accepté de faire partie du film. Ils aiment Bruce, et en fait c’est Bruce lui-même qui a appelé Quincy Jones pour nous.

 

MJStreet : Si j’ai bien suivi, le documentaire sera disponible sur Netflix. Comme tu traites d’un album légendaire, est-ce que tu as obtenu les droits pour utiliser les musiques de « Thriller » afin de les inclure dans le documentaire ?

Marcos Cabotá : Avant toute chose je tiens à préciser que pour l’instant la diffusion sur Netflix n’est pas confirmée. Il est vrai que mon documentaire précédent a été diffusé sur Netflix à travers le monde, mais pour le moment je ne sais pas si celui-ci va atterrir sur Netflix, Amazon ou ailleurs. Mais, en tout cas, mon objectif est de le diffuser à travers le monde, via Netflix ou une autre plateforme.
Et concernant les musiques c’est une très bonne question. En fait, dans mon documentaire consacré à Star Wars, je n’ai pas eu le droit d’utiliser les musiques du film. Donc j’ai fait en sorte de réaliser un documentaire dans lequel la musique n’avait pas autant d’importance, de façon à ce que cela ne dérange pas les personnes qui le regarde. Pour « Sonic Fantasy », je suis entré en contact avec l’Estate. Au moment où je te parle, je n’ai pas encore l’autorisation d’utiliser les musiques de « Thriller ». Mais ce que je peux déjà dire, c’est que Brad Buxer fait partie de la bande sonore du documentaire. Il joue des pièces au piano, et il rejoue également des chansons de Michael Jackson. Mais j’espère que l’Estate me laissera utiliser les musiques. D’une certaine façon, ce documentaire se consacre surtout à l’histoire de l’album. Je n’ai pas envie de « gâcher » (il insiste sur les guillemets pour le mot « gâcher », NDLR) des minutes précieuses en diffusant une chanson en entier, car il y a beaucoup de choses à raconter sur la création de l’album. Je veux passer plus de temps sur les détails, les anecdotes, les images, les photos et les témoignages que j’ai pu recueillir pendant mon enquête. La musique est importante mais ce n’est pas tout.

 

MJStreet : Maintenant que tu as réalisé ce documentaire, est-ce que tu comprends mieux pourquoi « Thriller » est devenu l’album le plus vendu de toute l’histoire ?

Marcos Cabotá : Oui, tout à fait. Comme vous le verrez dans le film, ils avaient tous le désir de faire quelque chose d’énorme. Ce projet est né d’une frustration que Michael avait en lui, car il n’avait gagné qu’un seul Grammy Award pour « Off The Wall », qui avait pourtant déjà remporté un très grand succès auprès du public. « Thriller » est né dans un contexte social et politique très précis. Il y avait notamment les ravages de la musique disco sur l’industrie du disque. Quincy, Michael et Bruce voulaient sortir le meilleur album possible. Et en fait ils ont planifié tout cela. C’est ce que je montre dans le film. Très souvent Quincy Jones dit : « Tu ne peux pas prévoir ces choses-là ». OK, c’est vrai mais, tous les trois savaient très bien au fond d’eux-mêmes qu’ils étaient en train de faire quelque chose d’énorme. Ils recherchaient constamment le meilleur du meilleur : que ce soit non seulement pour les chansons, mais aussi pour les musiciens et les techniques utilisées en studio. D’une certaine façon, ils savaient très bien qu’ils étaient en train de créer quelque chose de grand.
Et pour revenir à ta question, je comprends maintenant pourquoi c’est devenu l’album le plus vendu de tous les temps. Le point fort de « Thriller », c’est que tu peux l’écouter aujourd’hui sans pouvoir dire quand il a été créé. Il reste au goût du jour. C’est comme s’il avait été enregistré hier.

Marcos Cabotá visionne des rushes avec Taryll Jackson.

MJStreet : Quand le documentaire pourra enfin sortir ? Est-ce qu’une date est déjà arrêtée ? 

Marcos Cabotá : Le montage est réalisé à 90 % et on devait le terminer il y a quelques semaines. Mais à cause de la pandémie actuelle, nous avons dû faire une pause. Nous envisageons de le terminer d’ici à la fin de l’été, et de sortir le film à la fin de l’année… et pourquoi pas à la date anniversaire de la sortie du disque !

 

MJStreet : Est-ce que dans le documentaire tu évoques le fait que le projet « E.T. Storybook »  a totalement bouleversé le planning de « Thriller », au point de nuire au rendu final du premier master de l’album ? 

Marcos Cabotá : Oui tout à fait. Et d’ailleurs, cette partie sur le « E.T. Storybook » est une des parties les plus importantes du documentaire. Avec le recul, on se rend compte que cette histoire a joué un rôle très important dans la réalisation de « Thriller », avec notamment les problèmes rencontrés avec la maison de disques MCA. Michael a dû sortir du studio pour se consacrer à cet album, et en fait cela a changé l’histoire de « Thriller ».

Marcos Cabotá et Michael Jackson, (World Music Awards, 2006).

MJStreet : Dernière question : carte blanche. Souhaites-tu ajouter quelque chose en particulier ?

Marcos Cabotá : Oui, j’ai lu beaucoup de choses et j’ai reçu pas mal de questions concernant ce documentaire. Les gens veulent savoir ce qu’il contient. Je tiens à les rassurer : j’aime Michael Jackson, et ce documentaire ne contient rien de négatif à son sujet, bien au contraire. D’autres personnes m’ont demandé comment était Quincy Jones, comment il parlait de Michael etc.  Là aussi je vous rassure : Quincy aime Michael. J’ai aussi entendu des personnes dire que Bruce était un peu aigri vis-à-vis de Michael…  Là, pareil, je tiens à rassurer tout le monde : Bruce aime Michael. Et je tiens aussi à ajouter que ce film permet de présenter la personne, l’être humain qu’était Michael Jackson. C’est quelque chose que nous avons réussi à mettre en avant dans ce documentaire. Toutes les personnes que nous avons rencontré aiment Michael et parlent de lui avec beaucoup d’affection. J’ai hâte que les gens puisse voir « Sonic Fantasy ». Personnellement, en le visionnant, j’en ai eu les larmes aux yeux. J’ai fait ce film avec amour, tout comme toi et Francois avez écrit votre livre avec amour et passion.
Il ne faut pas que les gens s’attendre à un documentaire comme ceux de Spike Lee sur sur « BAD 25 » ou « Off The Wall ». Son approche était de traiter  les albums chanson par chanson. De mon côté, j’ai souhaité raconter l’histoire autour de « Thriller », et j’ai donc donné une grande importance au storytelling. Nous avons évité d’être trop technique de peur de nous couper d’une partie du public. Il faut voir ce documentaire comme une belle histoire, comme une histoire d’amour. C’est une histoire d’amour avec des gens qui aiment la musique, et qui, à un moment donné de leurs vies, ont mis tout cet amour au service de la réalisation de cet album, « Thriller ». J’ai vraiment hâte de sortir ce film. C’est mon septième documentaire, et je peux déjà dire que c’est mon préféré.

 

Propos recueillis par Richard Lecocq
Special thank you to Toni Arias

 

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